Semence(s)

5 juillet > 6 septembre 2015


Jérémy Asmont

Marion Delage

Stéphane Étroit

Charles Gallissot

Bernard Gilbert

Isabelle Le Morvan

Thierry Perrot

Lionel Redon

Étienne Rivière

La nouvelle exposition des Ateliers de L'Esperluette engage le terme Semence(s) dans toutes ses acceptions : des fruits porteurs de graines lorsqu'ils sont déhiscents aux clous tapissiers, de l'image de la croissance et de la prolifération à des entrées plus symboliques.

 

Neuf artistes, de l'installation au dessin contemporain en passant par la céramique, présentent leurs recherches sur les trois étages de la galerie.




Jérémy ASMONT

Sans titre

2015

10 tétons en porcelaine crue, épingles

Dimensions variables

De l'embryon à l'affirmation du chromosome X ou Y, le téton chez l'homme et la femme se développe de manière identique.

Ce n'est qu'après, au fil des années, qu'une différence s'effectue, par sa forme qui devient plus ou moins importante.

Lié à la croissance, de la mère à l'enfant, le téton demeure cependant un organe ambigu.

Extraits du corps, autant féminin que masculin, ceux-ci se confondent dans une évolution de forme où l'on ne distingue plus un archétype identitaire.

Une semblable différence les unit cependant, autour de la question du corps et de l'échange, entre survie et envie.




Marion DELAGE

Séquences

2009

Installation, 210 éléments en plâtres

Dimensions variables

L’introduction c’est le double parfait, celui qui répond à l’empreinte, celui qui a comblé les vides.

L’altérité apparaît peu à peu et la matière brute reprend ses droits.

La séquence se clôt lorsque la matrice ne résiste plus, lorsque plus rien n’est reconnaissable.

Juste une histoire de ressemblances et de fruit défendu.




Stéphane ÉTROIT

Jachère

Série Shoegaze

Mai-Juin 2015

Crayon graphite et encre acrylique blanche sur papier

150x207,3 cm

Sans doute, toute Jachère se résume à cette dimension : 2 mètres 7 virgule 3 de large : une mesure venant contraster net avec la rondeur du mètre 50 du rouleau de papier. D'emblée, il n'y avait pas de fin déterminée. Mais un lancement, une croissance, un développement, une motivation, un engagement : l'étymologie du vert.

 

"Au sein d’un foisonnement tout en profondeur, serpente le bleu léger et lent – telle la coulée de nuages de Sils Maria. Constellation végétale, explosion de la flore qui se déploie, se déplie par génération spontanée, division verdoyante d’un infini en acte.

Les nappes de Zoé s’étirent en silence. L’espace se végétalise à la vitesse de la lumière en un bouquet cosmique. Où est l’atome originel à partir duquel le monde vivant se propage et se diaphanise au-delà de toutes bornes ? Quelle énergie centrifuge préside à l’élan de la vie organique ? Quand la matière devient-elle du vivant ?

De proche en proche, le vivant prolifère sans que rien ne puisse l’arrêter, sa monade se défroisse avec un crépitement minutieux et la vie pénètre chaque alvéole, la chlorophylle s’épand, chaque fibre se met à respirer, la nature éploie ses spores par myriades et se penche sur toi, éphémère brindille flottant dans l’immensité de la florescence cosmique. Big bang végétal..."

Philippe MERLIER, Juillet 2015



Charles GALLISSOT

Sans titre

2015

Diptyque

Encre sur papier

200x150 cm chaque élément



Bernard GILBERT

 GUMAT en phase de dégénérescence

2015

 Pointe feutre

1789 x 400 mm

TRACEUR D’ÉCHELLES

 

Désormais, la carte est plus vaste que le territoire, la Toile a retourné les échelles.

Horizontalement, les cervicales en désordre, les voûtes plantaires légèrement dans les nuages, les yeux à demi révulsés, les mains quelque peu dans le noir et le crayon aux aguets, je trace.

Déposer, ajouter, recouvrir, ombrer ; m’inscrire dans le rythme du dessin. Effleurer le grain du papier, l’élimer, en graver la surface, assouvir l’épiderme de la blanche pâleur en attente d’être prise.

Tracer avec la précision inhérente à l’inquiétude du dessinateur face à la réalité de ses gestes. Laisser traces avec conscience de rendre visible le temps du trait et le leurre de l’avoir contenu.

Me mettre provisoirement en orbite, graviter autour du subjectile, flirter avec les corps noirs.

J’observe et cherche à distinguer, ma cécité virtuelle m’y pousse.

L’exercice du dessin, son expérience, me conduisent à voir et revoir.

Voir pour discerner l’importance des mirages dans l’inflation du visible.

Revoir pour éliminer les scories de l’immensité du prévu. Me désorbiter.

Épaissir la lenteur, lui donner corps dans ce temps plus rapide que sa durée et basculer cet univers de réalité augmentée dans un outre-espace, un outre-temps, un moment qui ne serait plus officiel.

Extraite d’un silo où les nombres ne sont plus opératoires pour recenser les unités, cette GUMAT (Graine d’Utopie MAjeure Torsadée) est issue de culture bio-improbable certifiée.

De traitement graphique documentaire-naturaliste à inclinaison baroque-maniériste, ces trois dessins - à l’échelle d’agrandissement de 1789 x 1 - se situent en lisière du vraisemblable, juste à l’orée du désir.

A l’aune de ma brève verticalité, je dissèque en direction de l’uchronie.

Là, en bordure des mots, via d’aporétiques escales, je trace.

 

Bernard Gilbert, Juin/Juillet 2015, Temps bas, lourd et orageux.




Isabelle LE MORVAN

Fin de saison

2015

13 dessins

Crayon sur papier Arches

6x6 cm chaque élément

En février au jardin, seuls les porte-graines marquent le cycle du végétal.

Samares, akènes, gangues, cenelles, dessinent dans leurs déhiscences les semences à venir.

Quelque peu flétris, souvent sombres, ils laissent les graines choir au sol dans l'attente d'un renouveau ; on les appelle parfois des momies.

Sans respect de l'échelle par rapport à la page, sur le modèle des peintres naturalistes, ces dessins sont une capture d'un état des lieux où un soupçon d’organique vient troubler le végétal.

Format 6x6 cm, ils inscrivent le regard dans la tradition photographique avec le supplément du trait, qui cherche dans la miniature, la sensibilité d'un monde de jardinier, celui qui regarde et qui contemple jusqu'aux interstices, celui qui a courbé la main pour semer.



Isabelle LE MORVAN

Sans titre

1993

Aquarelle sur papier Arche

70x70 cm

Courbet l’ensemenceur, et L’origine du Monde, maintes fois citée, énième proposition ici qui questionne la filiation artistique, seuls le cadrage et le point de vue diffèrent.

Du cœur de la chair à la profondeur de la peinture, les enjeux sont les mêmes : activer la pulsion scopique, travailler le spectateur dans la frontalité de son origine.




Thierry PERROT

Sèmes

2015

Gré émaillé et matrice en if

3 modèles de céramique

Le rouge est la quête ultime du céramiste, patiente recherche ensemencée par les graines d'oxydes.

De l'If au grain fin, d'où émerge la forme, au rouge sang de bœuf ou à l’incarnat, de la graine au vase, les rouges se disséminent et vagabondent entre végétal et organique.




Lionel REDON

Engrammes in situ

2015

Installation de 6 cellules

Matériaux de construction et câblage électrique

Dimensions variables

Engrammes : trace biologique de la mémoire dans le cerveau.




Étienne RIVIÈRE

Sans titre

2015

Médium, semences de tapissier, moteur

90x71x71 cm

Des semences plantées rigoureusement.

Des clous semés scrupuleusement.

Dans un rythme inconstant se soulèvent et s’enfoncent les plants de métal dont la lumière révèle les bleus.

Plantation fertile à la cadence dissonante.

Plantation stérile comme autant d’éclosions empêchées.



© Les Ateliers de l'Esperluette – 2016-2017-2018-2019